Sonneur- 02/04/2022

Clarté des ombres chinoises

L'appel initial est celui d'un message mystérieux en lien avec l'oralité, très présente dans ce texte. La fluidité du style est aussi celle de la lecture, pour une errance en profondeur dans la culture chinoise contemporaine, grâce à un regard bienveillant sur le quotidien des chinois vu par un voyageur sans repères autres que ceux de sa grande culture littéraire et son intelligence. L'écrivain Philippe Forest, dont tous les livres inscrivent le deuil de sa fille âgée de cinq ans, semble trouver un début de réponse à une question qu'il n'a pas posée dans l'origine de l'art du Pi Ying Xi, l'art des ombres chinoises en lien avec ces papiers que l'on brûle pour honorer les morts. Mais il a conscience, comme Confucius et Tchouang-Tseu, que son savoir véritable consiste à mesurer l'étendue de son ignorance : ce très beau livre est donc aussi une tentative d'échapper aux lieux communs, y compris celui d'une Chine qui serait insondable et mystérieuse, pour découvrir que le sens peut aussi se trouver dans l'absence de sens... L'exploration trouve sa réponse dans les deux derniers chapitres qui laissent le lecteur pris dans l'émotion, dans une résolution poignante d'un récit laissant apparaître un vrai suspense rétrospectif.